Vitrail III — Les Martyrs, Józef Mehoffer 1899-1900
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Cycle fribourgeois
Vitrail III
Inv. № FWNDK-WIT-FRI-003

Les Martyrs

Józef Mehoffer · 1899 — 1900

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Fiche technique
Datation
1899 (projet) · 1900 (pose)
Dimensions
4 lancettes, env. 670 × 70 cm (soit env. 18,8 m² au total)
Technique
Verre antique soufflé, teinté dans la masse et plaqué (verre plaqué) · plomb · Schwarzlot · jaune d’argent
Atelier
Atelier Kirsch & Fleckner
Emplacement
Chapelle des Martyrs, bas-côté nord
Donateur
Confrérie du Saint-Sacrement (Confrérie du Très-Saint-Sacrement)
Inscriptions
Noms des patrons : S. SEBASTIEN · S. MAURICE · S. CATHERINE · S. BARBE. Aucune signature d’auteur n’a été relevée dans le champ du verre
Créateur · notices d’autorité
Józef Mehoffer (1869-1946) Q1354695 ULAN: 500023929 VIAF: 49260739
Getty AAT · DC.type
300263692 stained glass
Getty TGN · DC.coverage
7008596 Fribourg, Suisse
DC.language
pl (versions EN et FR en préparation)
Droits numériques
Licence : CC-BY-NC 4.0 (Creative Commons Attribution-NonCommercial)
Propriétaire numérique :Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national (FWNDK)
Propriétaire physique : Canton de Fribourg (État de Fribourg / Staat Freiburg)
Affectataire :Diocèse de Lausanne–Genève–Fribourg (cathédrale depuis 1924)
Numérisation : FWNDK 2025, subvention dédiée du Sénat de la République de Pologne d’un montant de 150 000 zł
Avec l'autorisation de : L'Etat de Fribourg, Service des biens culturels

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Nuancier · dominantes du vitrail
Jaune d’or (iris) #F2C94C
Bande d’iris ; auréoles ; jaune d’argent des accents lumineux
Rouge rubis #B0002A
Fleurs fantastiques ; manteaux de Maurice et de Catherine ; sang du soubassement
Saphir #0F2F8F
Fond profond de la zone médiane
Bleu #2F6FD6
Entourage froid des figures des saints
Vert #2E8B57
Tonalité de saint Sébastien ; feuilles des iris
Turquoise #1FB7A6
Accents de la bordure et des dais
Blanc lumineux #F2F2F2
Verre blanc du soubassement ; corps des martyrs (« lumière brisée »)
Noir #111111
Robe à motifs de sainte Barbe ; corbeaux des couronnements ; contour
Ombre du sang (glacis) #7A2E22
Glacis de Schwarzlot dans les scènes de martyre

Dominantes représentatives établies à partir de la photographie gigapixel de 2025 ; les valeurs HEX sont des approximations des moyennes par panneau. Description complète de la coloration — à la section 2.2.

Introduction contextuelle

« Les Martyrs » constituent le troisième vitrail réalisé du cycle fribourgeois de Józef Mehoffer — un vitrail hagiographique montrant quatre témoins paléochrétiens de la foi dans une composition à trois registres allant de la beauté à la vérité : de l’ornement des couronnements, en passant par le portrait des saints, jusqu’à la scène dramatique de la mort charnelle dans le registre du soubassement.

Le donateur du vitrail fut la Confrérie du Saint-Sacrement — le même mécène qui finança le vitrail « Le Saint-Sacrement ». Les deux œuvres forment un diptyque programmatique et dialogué : théologie du sacrifice dans sa dimension sacramentelle (Le Saint-Sacrement) et dans sa dimension hagiographique et testimoniale (Les Martyrs). Il s’agit d’un acte iconographique délibéré du donateur, et non d’une coïncidence.

Le vitrail naquit à l’époque du renouveau catholique en Suisse romande à la fin du XIXe siècle, en lien étroit avec le mouvement de réhabilitation des martyrs des premiers siècles (encycliques de Léon XIII, découvertes de De Rossi dans les catacombes, éditions critiques des Acta Sanctorum bollandistes). « Les Martyrs » ne sont donc pas seulement une image dévotionnelle, mais le manifeste théologique de l’époque.

Les quatre patrons — Sébastien, Maurice, Catherine d’Alexandrie et Barbe — représentent l’ensemble des modèles sociaux du christianisme des premiers siècles : l’officier, le chef de légion, l’intellectuelle et la fille rendant témoignage au sein d’une famille païenne. Leur emplacement dans le bas-côté nord, traditionnellement associé au témoignage de l’ordre ancien, revêt une importance programmatique.

La composition est reliée à travers tout le vitrail par une bande d’iris jaunes et de fleurs fantastiques rouges — le « rythme du cœur » de l’œuvre, à la fois pouls de la vie (jaune de la gloire) et signe de la blessure (rouge du sang).

Rapprochements iconographiques
St Sébastien · flèches St Maurice · Légion thébaine Ste Catherine · roue Ste Barbe · tour, vision eucharistique Martyrologe · témoignage du sang Corbeaux et anges
Analyse complète de l’objet · fiche documentaire

Fiche patrimoniale · FWNDK-WIT-FRI-003

Sections 2 à 5 de la fiche source : description formelle (composition à trois registres, bande de fleurs, dais, coloris, couronnements), analyse iconographique (Sébastien, Maurice, Catherine, Barbe, inscriptions), analyse iconologique (théologie du martyrologe, renouveau catholique, le soubassement comme vérité, corbeaux et anges) ainsi que la place dans l’œuvre de Mehoffer. L’introduction contextuelle (section 1) ouvre la fiche ci-dessus. Chaque sous-section se déploie indépendamment — cliquez sur le titre. Texte : recherche documentaire FWNDK, juin 2026, CC BY-SA 4.0.

2. Description formelle
2.1 ·Composition à trois registres : une progression dramatique

« Les Martyrs » forment une composition nettement à trois registres, organisée autour d’une progression émotionnelle et théologique : décoratif (couronnements) → portrait (registre médian) → témoignage (soubassement). Mehoffer construit sciemment la tension : les parties supérieures happent le spectateur par l’ornement Art nouveau, les parties médianes présentent les quatre saints dans d’élancés dais comme dans un catalogue hagiographique, les parties inférieures frappent par la scène de la mort charnelle. Cette progression dramatique — de la beauté à la vérité, de l’ornement à la douleur — constitue l’une des narrations visuelles les plus rigoureusement conçues de tout le cycle fribourgeois.

2.2 ·La bande de fleurs — le « rythme du cœur » du vitrail

Entre le registre médian et le soubassement court, à travers tout le vitrail, une bande hypnotique et homogène d’iris jaunes (Iris pseudacorus, iris des marais) et de fleurs fantastiques aux pétales rouge sombre. Cette solution compositionnelle, directement liée au culte Art nouveau de la nature (Eugène Grasset, Émile Gallé, l’Art nouveau viennois), remplit chez Mehoffer une double fonction : décorative (l’ornement dense des rinceaux forme un « tapis » rythmé sur lequel s’élèvent les figures des saints) et symbolique (le jaune de l’iris renvoie à l’éclat de la gloire du martyre, le rouge de la fleur — au sang versé). Cette bande est, comme le formule justement le commentaire d’origine, le « rythme du cœur » du vitrail : à la fois pouls de la vie et signe de la blessure.

2.3 ·Baldachimy secesyjne — ornament zamiast architektury

Les saints ne se tiennent pas dans des dais gothiques « reconstruits » typiques de la pratique du vitrail dévotionnel du XIXe siècle (Mayer, Hardman, Wailes), mais dans d’élancées « dentelles » végétales Art nouveau : des entrelacs de rinceaux densément tissés, à travers lesquels transparaît un fond froid de bleus et de rouges. Cette solution rompt de manière programmatique avec l’illusionnisme architectural néogothique au profit d’un ornement Art nouveau autonome — un geste proche des solutions de Wyspiański dans les vitraux franciscains (1897-1902) et élaboré presque parallèlement par Mehoffer dans « Les Apôtres » et « Notre-Dame de la Victoire ».

2.4 ·Kolorystyka: dwa rejestry emocji

La palette du vitrail repose sur l’opposition de deux dominantes : le jaune (jaune d’argent : fleurs d’iris, auréoles, accents lumineux) et le rouge (rubis : fleurs fantastiques, manteau de Maurice, manteau de Catherine, sang dans le registre du soubassement). Entre ces dominantes, Mehoffer introduit des fonds de saphir profond (#0F2F8F) et de bleu (#2F6FD6) — un entourage froid des figures, qui les rend d’autant plus lumineuses sous la lumière naturelle. Le noir de la robe à motifs de sainte Barbe est le seul accent sombre de toute la composition — un geste programmatique qui fait de Barbe la plus théâtrale et la plus Art nouveau des quatre.

2.5 ·Les registres des couronnements : enfants en prière, anges, corbeaux

Les couronnements des lancettes sont remplis de couples d’enfants en prière représentés à mi-corps — très humains, presque intimes. Au-dessus des têtes des saints plane un cortège d’anges ; Mehoffer y ajoute toutefois une note d’inquiétude en introduisant des corbeaux noirs : un motif iconographiquement polysémique (le corbeau de saint Antoine ermite, le corbeau du Seigneur apportant le pain au prophète — 1 R 17,4-6 ; mais aussi animal de la mort et du champ de bataille). Cette confrontation entre anges et corbeaux constitue le plus fort signe iconologique du registre des couronnements : la sainteté entre dans un monde qui n’est pas idyllique — il est sombre, inquiétant, ouvert à la nécessité du témoignage du sang.

3. Analyse iconographique
3.1 ·St Sébastien — la sérénité de la décision

Saint Sébastien, dans une tonalité bleu-vert, est représenté dans le registre médian sous les traits d’un jeune homme levant les yeux, dans un geste empreint d’une attente confiante. Son visage ne présente ni le mélodrame propre aux représentations de la fin du baroque (Titien, Reni, Murillo), ni l’exaltation propre aux tableaux académiques du XIXe siècle. C’est une sérénité que Mehoffer définit non comme une résignation, mais comme la sérénité de la décision. Dans le registre du soubassement, Sébastien gît transpercé de flèches — l’attribut de son supplice — dans une position fortement raccourcie, en un oblique presque mauresque qui accroît la dramaturgie de la scène. L’iconographie des flèches (Acta Sancti Sebastiani, IVe siècle ; Legenda aurea, XIIIe siècle) demeure canonique ; c’est la délicatesse psychologique du modelé qui est novatrice.

3.2 ·St Maurice — dureté et tendresse

Saint Maurice, dans le coloris rouge du guerrier en armes, est représenté en soldat de la Légion thébaine (canon hagiographique lié à Agaunum / Saint-Maurice dans le canton du Valais — géographiquement proche de Fribourg). Attributs canoniques : l’armure, l’épée, l’étendard de la Légion. Mehoffer rejette toutefois le monumentalisme militaire au profit d’une caractérisation plus intime : Maurice est « dur dans la forme », mais son attitude laisse percevoir la lourde conscience de mener à la mort les milliers de coreligionnaires placés sous ses ordres. Dans le registre du soubassement, la scène de son martyre est la plus bouleversante psychologiquement de tout le vitrail : le corps, le sang, l’arc du torse ployé, et à côté une femme s’approchant de son visage — un geste de proximité et de deuil sans légende, dont Mehoffer laisse au spectateur le soin de compléter la force émotionnelle.

3.3 ·Ste Catherine d’Alexandrie — le geste de la réaction

Sainte Catherine est représentée dans le rouge éclatant de son manteau, la roue brisée à ses pieds — l’attribut de son supplice (canon hagiographique transmis depuis le Xe siècle, complété dans la Légende dorée). Mehoffer met l’accent sur la réaction, non sur la pose : Catherine ne présente pas son attribut comme une relique (canon de la fin du baroque), mais baisse les yeux vers l’instrument brisé comme vers un fait historique. Cette solution inscrit Catherine dans la continuité directe de Wyspiański (le vitrail de sainte Salomé à Cracovie) et de Maurice Denis (ses représentations de Madones-penseuses). Dans le registre du soubassement, Catherine gît « plus près du spectateur », ses cheveux d’or presque au premier plan — un geste de perspective raccourcie qui rapproche fortement la scène de l’intérieur de la chapelle.

3.4 ·Ste Barbe — la vision eucharistique

Sainte Barbe — la plus théâtrale des quatre — est représentée dans une robe noire aux motifs Art nouveau au riche ornement ; le geste de ses mains se tourne vers le Calice et l’Hostie flottant devant elle, presque comme vers une apparition. Cette solution iconographique est l’une des plus programmatiques de tout le cycle : Barbe, connue pour l’attribut de la tour (lisible à l’arrière-plan — Mehoffer lui a donné la forme de la Baszta Stolarska de Cracovie, y glissant une trace de sa ville natale), est reliée par Mehoffer au motif de la vision eucharistique — ce qui constitue en même temps un pont théologique vers le vitrail « Le Saint-Sacrement » financé par la même Confrérie. Barbe, patronne médiévale de la bonne mort, est avant tout, dans la tradition post-tridentine, la sainte qui reçut avant sa mort la dernière Communion — et c’est précisément ce moment que Mehoffer introduit dans le vitrail fribourgeois. À l’arrière-plan, à côté de la tour, apparaît la figure du père brandissant le poing — selon la légende, Dioscore tua Barbe pour son refus d’abjurer la foi, avant de recevoir le châtiment divin de la mort par la foudre.

3.5 ·Inscriptions de fondation

Sous les dais des saints court une bande d’inscriptions portant les noms des patrons, dans une typographie majuscule française : S. SEBASTIEN / S. MAURICE / S. CATHERINE / S. BARBE. La forme linguistique renvoie au contexte local du canton de Fribourg (partie francophone de la Suisse), témoignant d’une adaptation délibérée du programme à l’identité culturelle du lieu. La forme allemande « St. Sebastian / St. Mauritius / St. Katharina / St. Barbara » — en usage dans la partie germanophone de Fribourg — n’apparaît pas, ce qui constitue un signe discret mais éloquent des préférences de l’atelier et du donateur.

4. Analyse iconologique
4.1 ·Le témoignage du sang — théologie du martyrologe

« Les Martyrs » constituent une théologie programmatique du martyrologe — une analyse savante du sens du sacrifice de la vie dans le christianisme. Le canon des quatre martyrs n’est pas fortuit chez Mehoffer : Sébastien (martyr de l’époque de Dioclétien, officier, jeune homme), Maurice (légion thébaine, chef militaire), Catherine (intellectuelle alexandrine, vierge), Barbe (fille païenne, témoignage au sein de la famille). Ces quatre types sociaux — le militaire, l’officier commandant, l’intellectuelle, la fille — représentent l’ensemble des modèles de personnalité du christianisme des premiers siècles. Chacun d’eux, à sa manière, rend témoignage du sang (le semen est sanguis Christianorum de Tertullien — « le sang des chrétiens est une semence », Apologeticum 50,13). Le vitrail « Les Martyrs » a remporté la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1900 — la plus haute distinction internationale de tout le cycle.

4.2 ·Retour à l’hagiographie primitive — le contexte du renouveau catholique

Le programme iconographique du vitrail s’inscrit dans le profond mouvement de renouveau catholique de la fin du XIXe siècle, orienté vers la réhabilitation des martyrs des premiers siècles. L’influence de ce mouvement est visible notamment dans : les encycliques de Léon XIII Quod multum (1886) et Annum sacrum (1899) appelant au culte des martyrs ; les découvertes archéologiques de Giovanni Battista De Rossi dans les catacombes romaines (1840-1894) ; la publication des Acta Sanctorum critiques par les bollandistes ; ainsi que les travaux de Louis Duchesne sur l’historiographie des premiers siècles. « Les Martyrs » de Mehoffer ne sont donc pas seulement une image dévotionnelle, mais un manifeste théologique de l’époque — l’expression de la conviction que l’Église traditionnelle tire sa légitimité du témoignage du sang des martyrs, et non de la diplomatie.

4.3 ·Le soubassement comme vérité — iconologie du corps souffrant

Le registre du soubassement du vitrail est le geste iconologique le plus puissant de Mehoffer dans tout le cycle. Mehoffer rejette l’esthétisation dévotionnelle du martyre propre au XIXe siècle (Bouguereau, Cabanel, les martyria académiques des Salons) au profit d’une vérité charnelle nue, claire, littérale. Le verre antique blanc, animé de délicats glacis de Schwarzlot dans des tons brun-rouge (l’ombre du sang plutôt qu’une tache littérale), suscite l’impression que les corps des martyrs sont à la fois réalistes et transcendants — « la lumière qui a été brisée ». Cette solution place Mehoffer dans un dialogue singulier avec deux traditions à la fois : la typologie médiévale du Christ-Agneau (le corps comme lumière) et le réalisme charnel moderniste (Käthe Kollwitz, Edvard Munch, l’expressionnisme du début du XXe siècle).

4.4 ·Corbeaux et anges — le sacré dans l’ombre

L’introduction de corbeaux noirs dans le registre des couronnements — aux côtés des anges — est l’un des gestes programmatiques les plus forts du vitrail. Mehoffer y rejette le caractère idyllique de l’hagiographie dévotionnelle et ouvre l’iconographie au drame existentiel : la sainteté se joue dans un monde qui n’est pas pur. Les corbeaux, qui dans la tradition biblique signifient à la fois la providence (les corbeaux nourrissant Élie, 1 R 17) et la mort et le champ de bataille (Is 34,11 ; Ap 18,2), forment un contrepoint sémantique aux anges. Cette confrontation situe le programme du vitrail dans le climat de la théologie tragique de la fin du XIXe siècle (Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans), tout en anticipant les iconographies expressionnistes de l’art sacré de la première moitié du XXe siècle.

5. Place dans l’œuvre
5.1 ·« Les Martyrs » dans la phase précoce du cycle fribourgeois

Dans la chronologie du cycle, « Les Martyrs » (FWNDK-WIT-FRI-003, 1899/1900) se situent comme le troisième vitrail réalisé — après « Les Apôtres » (1896) et « Notre-Dame de la Victoire » (1897/1898), et juste avant « Le Saint-Sacrement » (FWNDK-WIT-FRI-004, 1900/1901). Un donateur commun les relie au vitrail eucharistique — la Confrérie du Saint-Sacrement — ce qui fait des deux œuvres un diptyque programmatique et dialogué : « Le Saint-Sacrement » représente la théologie sacramentelle (Présence réelle, Sacrifice, Ecclésiologie), « Les Martyrs » — la théologie du témoignage du sang. Ensemble, ils forment un diptyque eucharistico-hagiographique doctrinalement complet.

5.2 ·Innovations techniques et artistiques

Dans « Les Martyrs », Mehoffer introduit pour la première fois dans le cycle un usage aussi extensif du registre du soubassement comme narration dramatique autonome — une solution qui sera poursuivie dans les vitraux ultérieurs (Saints et Saintes, Nicolas de Flüe). Sur le plan technique, l’atelier Kirsch & Fleckner atteint ici une virtuosité dans les glacis de Schwarzlot sur verre antique blanc — l’effet de l’« ombre du sang » demeure l’un des exemples les plus étudiés de la polychromie du vitrail de l’époque (voir Sauterel/Noverraz 2019).

5.3 ·Valeur artistique et conclusions

« Les Martyrs » sont un monument de rang européen, alliant les plus hauts standards de l’artisanat du vitrail à un profond programme théologique (réhabilitation de l’hagiographie primitive dans l’esprit du renouveau catholique de Léon XIII), à une audacieuse psychologie des figures (Sébastien au lieu de la pose — la sérénité de la décision ; Maurice au lieu du monument — la tendresse de la femme penchée) ainsi qu’à une audace formelle moderniste (les corbeaux aux côtés des anges ; le soubassement comme vérité au lieu de l’esthétisation dévotionnelle embellissante). La documentation numérique gigapixel, réalisée par la Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national en 2025, permet pour la première fois des études détaillées des microtextures de la bande de fleurs ainsi que des glacis magistraux de l’« ombre du sang » dans le registre du soubassement — des données cruciales pour la science de la technologie de Kirsch & Fleckner à l’aube du XXe siècle.

Bibliographie 24 entrées · recherche juin 2026

Monographies essentielles

  1. Adamowicz Tadeusz, Witraże fryburskie Józefa Mehoffera: monografia zespołu, Wrocław : Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1982. [Monographie classique et la plus complète du cycle en langue polonaise ; analyse iconographique détaillée et contexte stylistique de l’ensemble.]
  2. von Roda Hortensia, Die Glasmalereien von Józef Mehoffer in der Kathedrale St. Nikolaus in Freiburg i. Üe., Bern : Gesellschaft für Schweizerische Kunstgeschichte (GSK), 1995 (Beiträge zur Kunstgeschichte der Schweiz, 7), ISBN 3-7165-0969-8. [Monographie « vitrail par vitrail » selon une approche suisse ; fondement des recherches du côté germanophone.]
  3. von Roda Hortensia, Les vitraux de Jozef von Mehoffer, Fribourg : Pro Fribourg, 1985 (Pro Fribourg, 67). [Synthèse antérieure de la même autrice, francophone.]
  4. Bourgarel Gérard, Tomczak Grzegorz, Pasquier Augustin (dir.), Józef Mehoffer: de Cracovie à Fribourg, ce flamboyant art nouveau polonais, Fribourg : Pro Fribourg, 1995 (Pro Fribourg, 106/107). [La plus importante publication collective francophone sur le cycle fribourgeois.]
  5. Stryjeński Tadeusz, Vitraux de Joseph Mehoffer à la Cathédrale de Fribourg, Cracovie, 1929. [Première approche synthétique du cycle, témoignage de la réception de l’époque.]

Articles scientifiques et études

  1. Carraux Nicolas, « William Ritter, interprète de l’art de Józef Mehoffer », Versants : revue suisse des littératures romanes, 66:2 (2019), p. 137-152.
  2. Sauterel Valérie, Noverraz Eric, „The Functioning and Development of Kirsch & Fleckner Stained Glass Workshop: A Brief History of the Collection and the Donation Made to Vitrocentre Romont in 1991”, Folia Historiae Artium, Seria Nowa, 17 (2019).
  3. Zeńczak Anna, « “Jeunesse de l’Art”, un vitrail créé en 1900 par Józef Mehoffer », Zeitschrift für schweizerische Archäologie und Kunstgeschichte (ZAK), 51:1 (1994), p. 23 et suiv.
  4. Cingria Alexandre, „Les vitraux du peintre polonais Mehoffer à la cathédrale de Fribourg”, w: Le chant de la Pologne (Nova et Vetera), Fribourg: Fragnière Frères [1927], s. 42–56. Przedruk: Pro Fribourg, 106/107 (1995), s. 69–82.
  5. Yoki [E. Aebischer], „Mehoffer et Manessier, deux pionniers de l'art du vitrail”, Pierre d'angle, 4 (1998), s. 143–150.
  6. Kozicki Władysław, « Józef Mehoffer », Sztuki Piękne, 10-11 (1926/1927), p. 378-403.
  7. Szydłowski Tadeusz, « Misterium polskiej sztuki za granicą. Witraże Józefa Mehoffera we Fryburgu szwajcarskim », Kurier Literacko-Naukowy, 47 (1938), p. 4.

Catalogues et études muséales

  1. Studziżba-Kubalska Beata, Mehoffer z Fryburga. Projekty witraży katedralnych, Cracovie : Musée national de Cracovie, 2024/2025 (brochure de l’exposition, 14 p.).
  2. Musée national de Cracovie, matériaux curatoriaux de l’exposition « Mehoffer z Fryburga. Projekty witraży katedralnych » (2024-2025), disponibles en ligne : mnk.pl.

Archives et sources manuscrites

  1. Vitrocentre Romont / Vitromusée Romont — donation de l’atelier Kirsch & Fleckner en 1991 (cartons, échantillons de verre, photographies d’atelier, correspondance technique 1895-1936).
  2. Archives de l’État de Fribourg / Staatsarchiv Freiburg — documentation administrative de la paroisse cathédrale et des donateurs du cycle.
  3. Archives littéraires suisses (ALS), Berne — correspondance de William Ritter relative à la réception du cycle fribourgeois.
  4. Żeleński Adam, « Rewelacja fryburska », tapuscrit, 1946 (archives familiales des Żeleński, Cracovie).

Bases de données et outils bibliographiques

  1. Vitrosearch — plateforme suisse du patrimoine du vitrail (vitrosearch.ch).
  2. Corpus Vitrearum Polska (cvp.ihs.uj.edu.pl) — bibliographie polonaise de l’art du vitrail.
  3. Corpus Vitrearum Medii Aevi (corpusvitrearum.org), sekcja szwajcarska.

Sources spécifiques à ce vitrail

  1. Berthier Joachim-Joseph, « Vitraux de la chapelle des Martyrs de la Collégiale de Saint-Nicolas de Fribourg », La Liberté (Fribourg), 1896. [La plus ancienne recension de presse du programme de la chapelle des Martyrs, due à un théologien dominicain et connaisseur de la cathédrale ; importante pour la reconstitution des attentes iconographiques du donateur.]
  2. Voragine Jacopo da, Legenda aurea (éd. Th. Graesse, Leipzig 1850), passim : De Sancto Sebastiano, De Sancto Mauricio sociisque eius, De Sancta Catharina, De Sancta Barbara. [Source littéraire classique du XIIIe siècle pour l’iconographie des quatre martyrs du vitrail fribourgeois ; présente sans interruption dans l’art sacré jusqu’à la fin du XIXe siècle.]
  3. Krause Hans-Joachim, Die heilige Barbara: Legenda und Verehrung, Berlin 1989. [Compendium de l’iconographie de sainte Barbe, utile pour l’identification de son attribut de la tour et de la scène de la vision eucharistique chez Mehoffer.]

Fiche d’objet patrimonial FWNDK-WIT-FRI-003 · élaboration : Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national, recherche documentaire juin 2026 (Adamowicz, von Roda, Sauterel/Noverraz, catalogues du MNK). Texte de la fiche : licence CC BY-SA 4.0. Les entrées signalées « [à vérifier aux sources] » demeurent en cours de vérification.

Histoire de l'objet
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Mehoffer, J. (1900). Les Martyrs [Stained glass, 4 lancettes, env. 670 × 70 cm chacune]. Cathédrale Saint-Nicolas, Fribourg. Numérisation : Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national. https://mehoffer.org/obj/FRI-003/

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