« Les Martyrs » constituent le troisième vitrail réalisé du cycle fribourgeois de Józef Mehoffer — un vitrail hagiographique montrant quatre témoins paléochrétiens de la foi dans une composition à trois registres allant de la beauté à la vérité : de l’ornement des couronnements, en passant par le portrait des saints, jusqu’à la scène dramatique de la mort charnelle dans le registre du soubassement.
Le donateur du vitrail fut la Confrérie du Saint-Sacrement — le même mécène qui finança le vitrail « Le Saint-Sacrement ». Les deux œuvres forment un diptyque programmatique et dialogué : théologie du sacrifice dans sa dimension sacramentelle (Le Saint-Sacrement) et dans sa dimension hagiographique et testimoniale (Les Martyrs). Il s’agit d’un acte iconographique délibéré du donateur, et non d’une coïncidence.
Le vitrail naquit à l’époque du renouveau catholique en Suisse romande à la fin du XIXe siècle, en lien étroit avec le mouvement de réhabilitation des martyrs des premiers siècles (encycliques de Léon XIII, découvertes de De Rossi dans les catacombes, éditions critiques des Acta Sanctorum bollandistes). « Les Martyrs » ne sont donc pas seulement une image dévotionnelle, mais le manifeste théologique de l’époque.
Les quatre patrons — Sébastien, Maurice, Catherine d’Alexandrie et Barbe — représentent l’ensemble des modèles sociaux du christianisme des premiers siècles : l’officier, le chef de légion, l’intellectuelle et la fille rendant témoignage au sein d’une famille païenne. Leur emplacement dans le bas-côté nord, traditionnellement associé au témoignage de l’ordre ancien, revêt une importance programmatique.
La composition est reliée à travers tout le vitrail par une bande d’iris jaunes et de fleurs fantastiques rouges — le « rythme du cœur » de l’œuvre, à la fois pouls de la vie (jaune de la gloire) et signe de la blessure (rouge du sang).











