Vitrail I — Les Apôtres, Józef Mehoffer 1896
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Cycle fribourgeois
Vitrail I
Inv. № FWNDK-WIT-FRI-001

Les Apôtres

Józef Mehoffer · 1896

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Fiche technique
Datation
1896 (projet) · 1896 (pose)
Dimensions
ok. 960 × 190 cm (baie à deux meneaux · 4 lancettes)
Technique
Verre antique teinté dans la masse · plomb · Schwarzlot · jaune d’argent (Silbergelb)
Atelier
Atelier Kirsch & Fleckner
Emplacement
Chapelle latérale, nef sud (baie I)
Donateur
Indéterminé — réalisation du projet lauréat du concours de 1895
Inscriptions
Nominales : S. Pierre · S. Jean · S. Jacques · S. André ; aucune signature d’auteur dans le champ vitré
Créateur · notices d’autorité
Józef Mehoffer (1869–1946) Q1354695 ULAN: 500023929 VIAF: 49260739
Iconclass · DC.subject
11H · Apôtres
Getty AAT · DC.type
300263692 stained glass
Getty TGN · DC.coverage
7008596 Fribourg, Suisse
DC.language
pl (versions EN et FR en préparation)
Droits numériques
Licence : CC-BY-NC 4.0 (Creative Commons Attribution-NonCommercial)
Propriétaire numérique :Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national (FWNDK)
Propriétaire physique : Canton de Fribourg (État de Fribourg / Staat Freiburg)
Affectataire :Diocèse de Lausanne–Genève–Fribourg (cathédrale depuis 1924)
Numérisation : FWNDK 2025, subvention dédiée du Sénat de la République de Pologne d’un montant de 150 000 zł
Avec l'autorisation de : L'Etat de Fribourg, Service des biens culturels

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Nuancier · dominantes du vitrail
Granat Piotrowy #1A2B5E
Zone de saint Pierre — palettes nocturnes, repentir et contemplation
Bleu du ciel #2F6FD6
Zone de saint Jean ; fond de la vision lumineuse du Christ
Blanc lumineux #F2F2F2
Vêtement de saint Jean ; éclaircies du verre antique
Jaune doré #F2C94C
Zone de saint Jacques — soleil du pèlerin ; azur du nimbe
Ocre / brun #A9772E
Vêtements et attributs de pèlerin de saint Jacques
Rouge ardent #B0002A
Zone de saint André ; croix en X rayonnante
Turquoise #1FB7A6
Rinceau de la bordure ; médaillons du soubassement
Émeraude #2E8B57
Vert de la bordure, des rosaces et des palmettes
Contour (Schwarzlot) #111111
Tout le dessin de contour et le modelé des visages

Dominantes représentatives relevées d’après la photographie gigapixel 2025 ; les valeurs HEX sont des approximations. Les quatre « tempéraments chromatiques » des apôtres — le bleu marine de Pierre, le blanc de Jean, l’or de Jacques, le feu d’André — sont réunis par le vert de la bordure Art nouveau et le noir du Schwarzlot. Description complète de la coloration en section 2.2.

Introduction contextuelle

Les Apôtres constituent le vitrail inaugural du cycle fribourgeois de Józef Mehoffer — projet lauréat du concours international de 1895 et ses débuts à l’échelle monumentale du vitrail. Les quatre apôtres — Pierre, Jean, Jacques et André — sont représentés non comme des « saints de galerie » majestueux, mais comme des des personnes singulières aux histoires singulières de repentir, de contemplation, de pèlerinage et de martyre.

Le vitrail est le fruit d’un concours international lancé en 1895 par la Confrérie du Saint-Sacrement de Fribourg — sur le conseil de l’historien de l’art Johann Rudolf Rahn. Parmi les projets envoyés de toute l’Europe, le jury choisit à l’unanimité la composition d’un peintre de Cracovie de vingt-six ans, alors inconnu. Cette décision, aujourd’hui reconnue comme un tournant pour l’art du vitrail européen du XXᵉ siècle, était en 1895 un acte de courage — la confiance faite à un artiste sans œuvre monumentale à son actif.

Le carton à l’échelle 1:1 fut exécuté par Mehoffer ; le vitrail fut réalisé par l’atelier fribourgeois Kirsch & Fleckner — première de leurs œuvres communes et début d’une collaboration qui se poursuivit jusqu’en 1936. Le vitrail achevé fut posé dans la cathédrale de novembre 1896, dans une chapelle latérale du bas-côté sud. Le succès des « Apôtres » ouvrit à Mehoffer la voie de plus de quarante ans de travail sur l’ensemble du cycle.

Le choix de ces quatre apôtres — Pierre, Jean, Jacques et André — et leur répartition dans les quatre lancettes n’est pas fortuit. La tradition ecclésiale les distingue comme les « piliers » de l’Église primitive ; chez Mehoffer, ils représentent la plénitude de la mission : la primauté (Pierre), la contemplation (Jean), le martyre (Jacques) et l’universalité (André) — trait d’union entre l’Orient et l’Occident chrétiens.

Le geste le plus profond du vitrail est l’ abandon du style majestueux de l’art de dévotion du XIXᵉ siècle au profit d’apôtres-personnes : individualisés, psychologiquement complexes, marqués par leurs propres histoires. Cela inscrit le cycle fribourgeois au cœur même de la révolution de l’iconographie religieuse de la Jeune-Pologne — aux côtés des vitraux de Stanisław Wyspiański et du symbolisme de Jacek Malczewski.

Rapprochements iconographiques
S. Pierre · les clés S. Jean l’Évangéliste · l’aigle S. Jacques · le pèlerin S. André · la croix en X Le concours de Fribourg de 1895 Cloisonnisme · le plomb-dessin
Analyse complète de l’objet · fiche documentaire

Fiche patrimoniale · FWNDK-WIT-FRI-001

Sections 2 à 5 de la fiche source : description formelle (composition à trois zones, quatre tempéraments chromatiques, le plomb comme dessin, modelé des visages, bordure), analyse iconographique (Pierre, Jean, Jacques, André, zone du tympan et du soubassement), analyse iconologique (quatre dimensions de l’Église, manifeste de la Jeune-Pologne, croix en X, concours de 1895) ainsi que la place dans l’œuvre de Mehoffer. L’introduction contextuelle (section 1) ouvre la fiche ci-dessus. Chaque sous-section se déploie indépendamment — cliquez sur le titre. Texte : recherche documentaire FWNDK, 2025, CC BY-SA 4.0.

2. Description formelle
2.1 ·Composition — trois zones à la verticale, quatre apôtres à l’horizontale

Les « Apôtres » forment une composition nettement à trois zones à la verticale, guidant le regard du spectateur selon le rythme vertical du remplage gothique, mais déployant le sens narratif horizontalement le long des quatre lancettes.

  • La zone supérieure (couronnements et zone sous le remplage) — « en-têtes » symboliques et théologiques des personnages : le voilier de Pierre (l’Église comme barque en route à travers le monde), la vision lumineuse du Christ au-dessus de Jean (source et mesure de l’apostolat), la croix de saint André en forme de X rayonnant de lumière ainsi que la scène du combat de l’ange contre le démon.
  • La zone médiane, la plus développée — quatre figures monumentales d’apôtres inscrites dans le rythme vertical de la lancette, chacune couronnée du nimbe de son auréole.
  • Zone inférieure — fonctionne comme un soubassement héraldique : médaillons portant les attributs (les clés de Pierre, l’aigle de Jean, le rameau de pèlerin de Jacques, la croix en X d’André) et inscriptions portant les noms des saints en capitales.
2.2 ·Quatre tempéraments chromatiques

À chaque apôtre est associée une « température chromatique » distincte, qui construit la psychologie du personnage tout aussi efficacement que le geste ou l’expression.

  • Piotr — palettes « nocturnes » : bleus marine (#1A2B5E), bleus sombres, violets assourdis ; un état de contemplation et de recueillement intérieur, en accord avec le geste des mains couvrant le visage.
  • Jan, le plus jeune des apôtres — palette « lumineuse » : blancs du verre antique, bleus du ciel ouvert, accents de rouge vif ; sa silhouette est la plus claire de tout le vitrail.
  • Jakub, le pèlerin — palette « solaire » : jaunes dorés, bruns, ocres, évoquant le soleil du chemin et l’effort de la marche.
  • Andrzej — rouges ardents (#B0002A) et embrasements ; le plus dramatique sur le plan chromatique, sa zone rayonne et contraste avec le fond froid du ciel.
2.3 ·Le plomb comme dessin

Dans ce vitrail — le premier réalisé par Mehoffer dans la technique du vitrail — se cristallise sa philosophie personnelle du plomb comme moyen graphique autonome. La ligne du plomb ne se borne pas à une fonction structurelle, mais conduit le dessin : elle cerne les gestes des mains, modèle les plis des vêtements, marque le rythme des ailes des figures secondaires, définit les champs colorés comme des éléments graphiques autonomes.

Cette approche — qui deviendra la signature de tout le cycle — Mehoffer l’élabora à partir de l’observation des vitraux médiévaux (Chartres, la Sainte-Chapelle de Paris, qu’il étudia lors de son séjour en France de 1891 à 1896) et sous l’influence des principes graphiques du mouvement Arts & Crafts.

2.4 ·Le modelé des visages — psychologie individuelle

Les visages des apôtres sont modelés au Schwarzlot (grisaille) cuit par couches successives. Chacun reçoit une psychologie individuelle et affirmée : Piotr a le visage d’un homme mûr, marqué, presque âgé, la tête inclinée ; Jan — un visage juvénile, ouvert, levé vers le haut ; Jakub — un visage de marcheur concentré, presque tourmenté ; Andrzej — le visage d’un homme qui a accepté sa sentence et le lève vers la lumière de la croix.

Cette individualisation est fondamentale pour la vision symboliste de l’apostolat propre à la Jeune-Pologne — les apôtres ne sont pas des « saints de galerie » symétriques, mais des personnes concrètes aux histoires singulières.

2.5 ·La bordure et l’encadrement

La bande de la bordure, courant le long des bords des lancettes et entre les registres, est constituée d’un rinceau végétal Art nouveau dans une gamme de turquoises (#1FB7A6), de verts émeraude (#2E8B57) et de bleus froids. Dans les couronnements du remplage, l’ornement du rinceau s’entrelace de menues rosaces et de motifs antiquisants (palmettes).

La bordure révèle l’héritage parisien caractéristique de Mehoffer vers 1895 : le rythme du rinceau rappelle les solutions de l’atelier de Luc-Olivier Merson ainsi que le graphisme d’Eugène Grasset, dont Mehoffer connaissait bien les œuvres par le milieu de la galerie de Samuel Bing (L’Art Nouveau).

3. Analyse iconographique
3.1 ·S. Pierre — repentir et autorité

S. Pierre est l’apôtre le plus à gauche du vitrail. Mehoffer rejette la représentation traditionnelle du premier des apôtres en détenteur triomphant des clés (type Petrus triumphans, présent du Moyen Âge à l’art de la Contre-Réforme). Son Pierre est un Pierre après le reniement — saisi dans l’instant du repentir, couvrant son visage de ses mains, geste tiré du récit évangélique du reniement nocturne du Maître (Mt 26,75 ; Mc 14,72 ; Lc 22,62 ; Jn 18,27).

Les clés — attribut canonique de Pierre — n’apparaissent pas dans ses mains, mais dans un médaillon à la base de la lancette, ce qui souligne programmatiquement que l’autorité de Pierre découle de l’expérience de la chute et de la conversion, et non d’une simple investiture. Cette solution, qui joint le repentir à l’autorité, a ses modèles dans l’art de la Contre-Réforme (notamment dans les « Larmes de saint Pierre » du Guerchin, vers 1647) et dans la peinture nazaréenne du XIXᵉ siècle, mais chez Mehoffer elle prend une dimension psychologique fortement individualisée.

3.2 ·S. Jean l’Évangéliste — vision et révélation

S. Jean, deuxième à partir de la gauche, est représenté jeune (type Iohannes adolescens), imberbe, le corps en attitude ouverte et le bras levé vers le haut — vers la vision lumineuse du Christ dans la zone du tympan. Mehoffer l’inscrit dans la typologie Iohannes-visionarius: celui qui voit (Évangile, Apocalypse).

Jego atrybut, L’aigle, apparaît dans un médaillon à la base de la lancette comme symbole de l’Évangéliste (issu du tétramorphe d’Ézéchiel 1 et de l’Apocalypse 4). Le vêtement blanc, animé d’accents de rouge vif, signale la pureté d’une contemplation enflammée par l’ardeur de la révélation.

3.3 ·S. Jacques — pèlerinage et mission

S. Jacques, troisième à partir de la gauche, est iconographiquement du type Iacobus peregrinus — Jacques le Pèlerin, patron du chemin et de la mission (avec référence à Saint-Jacques-de-Compostelle, le plus important sanctuaire médiéval après Rome et Jérusalem). Mehoffer le représente en position de marcheur : le pied avancé comme pour faire un pas, la main levée dans un geste de bénédiction ou de parole.

L’attribut de la coquille du pèlerin (Jacques le Majeur) ou de la gourde de pèlerin apparaît dans le médaillon du soubassement ou dans les détails des vêtements. Les jaunes dorés et les ocres de la palette renvoient au soleil du pèlerin.

3.4 ·S. André — la croix comme affirmation

S. André, le quatrième (à droite), est représenté dans le geste des bras ouverts accueillant la sentence du martyre. Au-dessus de lui domine la croix monumentale de saint André en forme de X (crux decussata), rayonnant de lumière.

Iconographiquement, Mehoffer se réfère à la légende apocryphe de la Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIᵉ siècle) : André, apercevant la croix de son supplice, se serait écrié O bona crux, diu desiderata… (« Ô bonne croix, si longtemps désirée… ») — accueillant la croix non comme une défaite, mais comme une porte vers la gloire. Chez Mehoffer, la croix en X brille, elle ne s’assombrit pas — ce qui constitue un renversement programmatique de l’association traditionnelle de la croix à la souffrance au profit de la croix comme signe de la victoire ultime.

3.5 ·La zone au-dessus des lancettes — symboles et signes

La zone supérieure des lancettes contient une série d’« en-têtes » symboliques et théologiques qui étendent la psychologie des portraits au niveau du programme de l’Église universelle.

  • Le voilier au-dessus de Pierre — un symbole traditionnel Ecclesia militans, l’Église militante, voguant sur la mer de ce monde sous la barre de Pierre (motif développé dès le IIᵉ siècle, formulé par Hippolyte de Rome).
  • La vision lumineuse du Christ au-dessus de Jean — un moment apocalyptique Iohannes in Patmo.
  • La croix en X au-dessus d’André — agrandissement de son attribut individuel.
  • La scène du combat de l’ange contre le démon dans le secteur droit de la lancette de couronnement — représente un épisode de la légende de saint Jacques (la Légende dorée) : un ange chasse le démon noir invoqué par le mage Hermogène, que Jacques soumet.
3.6 ·La zone du soubassement — médaillons, attributs, inscriptions

La zone du soubassement est traitée par Mehoffer comme un sceau héraldique signant chacune des lancettes. Sous chaque apôtre se trouve un médaillon portant l’attribut (les clés, l’aigle, le rameau / la coquille, la croix en X) ainsi qu’une inscription portant le nom — S. Pierre, S. Jean, S. Jacques, S. André (typographie française conforme au contexte linguistique du canton de Fribourg).

Les médaillons sont cernés d’une bande décorative de rinceau végétal dans les turquoises et les verts — solution typiquement Art nouveau pour un soubassement décoratif.

4. Analyse iconologique
4.1 ·Les apôtres comme quatre dimensions de l’Église

Le choix de ces quatre apôtres précis — Pierre, Jean, Jacques et André — et leur répartition dans les quatre lancettes n’est pas fortuit. La tradition ecclésiale (depuis les écrits des Pères, fixée dans la théologie apostolique médiévale, notamment chez Bonaventure) les distingue comme les « piliers » de l’Église primitive :

  • Piotr — chef du collège apostolique et fondement de la primauté ;
  • Jan — l’apôtre bien-aimé, auteur de l’Évangile contemplatif et de l’Apocalypse ;
  • Jakub Starszy — premier martyr parmi les douze (mort vers 44, Ac 12,2) et patron du pèlerinage ;
  • Andrzej — l’apôtre appelé le premier (Protokletos, Jn 1,40–42), frère de Pierre, patron de l’Orient chrétien.

En ce sens, le quatuor d’apôtres représente la plénitude de la mission de l’Église : primauté (Piotr), contemplation (Jan), le martyre (Jakub) i l’universalité (André, trait d’union entre l’Orient et l’Occident).

4.2 ·La psychologie plutôt que la majesté — un manifeste de la Jeune-Pologne

Le geste iconologique le plus profond du vitrail réside dans l’abandon conscient du style majestueux propre à l’art sacré de dévotion du XIXᵉ siècle (Beuron, les Nazaréens, l’école munichoise de Mayer). Mehoffer rejette les apôtres-galerie au profit d’ apôtres-personnes: individualisés, psychologiquement complexes, marqués par leurs propres histoires de chute, de contemplation, de pèlerinage et de martyre.

Cette solution inscrit le cycle fribourgeois au cœur même de la révolution de l’iconographie religieuse de la Jeune-Pologne, dont les représentants les plus éminents aux côtés de Mehoffer sont Stanisław Wyspiański (vitraux franciscains, 1897–1902) et Jacek Malczewski (cycles symbolistes). La même quête de vérité psychologique est présente chez Maurice Denis (Atelier d’Art sacré) en France et chez Christopher Whall (Whall School) en Angleterre — en 1895, Mehoffer réalise la synthèse de l’avant-garde sacrée européenne dans un unique vitrail monumental.

4.3 ·La croix en X — de la souffrance à la gloire

Le choix programmatique de représenter la croix de saint André comme lumineuse — et non sombre — est l’un des gestes théologiques les plus forts de tout le cycle. Mehoffer dit ici : le martyre apostolique n’est pas une défaite historique, mais une entrée dans la gloire.

Position théologiquement convergente avec les encycliques de Léon XIII sur les martyrs (Quod multum 1886, Annum sacrum 1899) ainsi qu’avec le mouvement de renouveau du culte des martyrs, culminant sous les pontificats de Léon XIII et de Pie X. Les « Apôtres » sont donc un manifeste de la théologie du sacrifice — et un manifeste qui engage presque aussitôt le dialogue avec les vitraux qui l’entourent, « Les Martyrs » (1899/1900) et « Le Saint-Sacrement » (1901), formant un trio iconographique des chapelles de la cathédrale.

4.4 ·Le concours de 1895 — un geste inaugural

Les « Apôtres » ne sont pas seulement le premier vitrail de Mehoffer pour la cathédrale de Fribourg, mais aussi ses débuts dans le vitrail à l’échelle monumentale. Le concours fribourgeois de 1895 — lancé par la paroisse cathédrale avec la participation d’une commission cantonale et d’artistes polonais, suisses, allemands et français — retint le Mehoffer de vingt-six ans parmi un ensemble de candidats reconnus.

La décision du jury, aujourd’hui reconnue comme un tournant pour l’art européen du vitrail du XXᵉ siècle, était en 1895 un un acte de courage: la confiance faite à un artiste encore inexpérimenté. La réalisation des « Apôtres » confirma cette confiance et ouvrit à Mehoffer la voie de plus de quarante ans de collaboration avec la cathédrale.

5. Place dans l’œuvre de Mehoffer et conclusion
5.1 ·Les « Apôtres », un moment programmatique dans la biographie de Mehoffer

Dans la chronologie de l’œuvre de Józef Mehoffer, les « Apôtres » se situent au seuil de sa maturité — entre la période parisienne des études (1891–1896, atelier de Luc-Olivier Merson) et son entrée véritable dans le milieu de la Sécession cracovienne (1896, ouverture de l’atelier de l’artiste à Cracovie).

Le vitrail fribourgeois est pour Mehoffer une matrice d’atelier: il y élabore les solutions compositionnelles, techniques et iconographiques qui reviendront dans son œuvre monumentale jusqu’à la fin de sa vie — dans le cycle cracovien (vitraux pour la cathédrale du Wawel, l’église Sainte-Marie, l’église des Bernardins), dans les cycles de Lviv et surtout dans la poursuite du cycle fribourgeois (1898–1936).

5.2 ·Sa position au sein du cycle fribourgeois 1895–1936

Après les « Apôtres » viennent les vitraux suivants du cycle :

  • « Notre-Dame de la Victoire » (FWNDK-WIT-FRI-002, 1897/1898),
  • « Les Martyrs » (FWNDK-WIT-FRI-003, 1899/1900),
  • « Le Saint-Sacrement » (FWNDK-WIT-FRI-004, 1900/1901) — clôturant la phase initiale de l’ensemble ;
  • puis « L’Adoration des Mages » (1902/1905), vitraux de la phase de maturité et de l’expression ;
  • enfin — dans la phase synthétique (1932–1936) — le point culminant dans le triptyque du chœur « Dieu le Père / Dieu le Fils / Le Saint-Esprit » ainsi que dans les vitraux historiques monumentaux de Fribourg.

L’ensemble tout entier — treize vitraux réalisés, plus de 280 m² de verre coloré, exécutés sur quarante ans — demeure la plus grande réalisation monographique de vitraux de l’art européen du XXᵉ siècle exécutée par un seul artiste.

5.3 ·Valeur artistique et conclusions

Les « Apôtres » sont un monument de rang européen pour trois raisons conjuguées :

  • Po pierwsze — en tant que première réalisation historique de Mehoffer à l’échelle monumentale, ils sont le document de la naissance de l’un des plus grands maîtres verriers du XXᵉ siècle.
  • Po drugie — en tant que manifestation de l’iconographie religieuse psychologisante de la Jeune-Pologne, ils sont le maillon clé reliant l’art sacré de Wyspiański, Malczewski et Mehoffer au symbolisme européen (Denis, Whall, Thorn-Prikker).
  • Po trzecie — en tant qu’exposition monumentale de quatre apôtres-personnes, ils sont une œuvre théologiquement profonde, égalant les meilleurs programmes iconographiques de l’art sacré du tournant du siècle.

La documentation numérique gigapixel, réalisée par la Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national en 2025, permet pour la première fois une analyse détaillée des microtextures du verre antique, du modelé au Schwarzlot des visages des apôtres ainsi que des microdétails des médaillons du soubassement — données essentielles pour les études sur l’atelier Kirsch & Fleckner au seuil de sa collaboration avec Mehoffer.

Bibliographie 23 entrées · recherche 2025

6.1 · Monographies clés

  1. Adamowicz Tadeusz, Witraże fryburskie Józefa Mehoffera. Monografia zespołu, Wrocław : Zakład Narodowy im. Ossolińskich, 1982.
  2. von Roda Hortensia, Die Glasmalereien von Józef Mehoffer in der Kathedrale St. Nikolaus in Freiburg i. Üe., Bern: GSK, 1995 („Beiträge zur Kunstgeschichte der Schweiz" 7), ISBN 3-7165-0969-8.
  3. von Roda Hortensia, Les vitraux de Jozef von Mehoffer, Fribourg: Pro Fribourg, 1985 („Pro Fribourg" 67).
  4. Bourgarel G., Tomczak G., Pasquier A. (red.), Józef Mehoffer : de Cracovie à Fribourg, ce flamboyant art nouveau polonais, Fribourg: Pro Fribourg, 1995 („Pro Fribourg" 106/107).
  5. Stryjeński Tadeusz, Vitraux de Joseph Mehoffer à la Cathédrale de Fribourg, Kraków 1929.

6.2 · Articles scientifiques et études

  1. Carraux Nicolas, « William Ritter, interprète de l’art de Józef Mehoffer », Versants 66:2 (2019), s. 137–152.
  2. Sauterel Valérie, Noverraz Eric, „The Functioning and Development of Kirsch & Fleckner Stained Glass Workshop…", Folia Historiae Artium, Seria Nowa, 17 (2019).
  3. Zeńczak Anna, « “Jeunesse de l’Art”, un vitrail créé en 1900 par Józef Mehoffer », ZAK 51:1 (1994), s. 23 i n.
  4. Cingria Alexandre, „Les vitraux du peintre polonais Mehoffer à la cathédrale de Fribourg", w: Le chant de la Pologne, Fribourg [1927], s. 42–56; przedruk: Pro Fribourg 106/107 (1995), s. 69–82.
  5. Yoki [E. Aebischer], „Mehoffer et Manessier, deux pionniers de l'art du vitrail", Pierre d'angle 4 (1998), s. 143–150.
  6. Kozicki Władysław, « Józef Mehoffer », Sztuki Piękne 10–11 (1926/1927), s. 378–403.
  7. Szydłowski Tadeusz, « Misterium polskiej sztuki za granicą. Witraże Józefa Mehoffera we Fryburgu szwajcarskim », Kurier Literacko-Naukowy 47 (1938), s. 4.

6.3 · Catalogues et études muséales

  1. Studziżba-Kubalska Beata, Mehoffer z Fryburga. Projekty witraży katedralnych, Kraków : Muzeum Narodowe w Krakowie, 2024/2025 (brochure de l’exposition).
  2. Muzeum Narodowe w Krakowie, matériaux curatoriaux de l’exposition « Mehoffer z Fryburga. Projekty witraży katedralnych » (2024–2025), mnk.pl.

6.4 · Archives et sources manuscrites

  1. Vitrocentre Romont / Vitromusée Romont — donation de l’atelier Kirsch & Fleckner de 1991 (cartons, échantillons de verre, photographies d’atelier, correspondance technique 1895–1936).
  2. Archives de l’État de Fribourg / Staatsarchiv Freiburg — documentation administrative de la paroisse cathédrale et des donateurs du cycle.
  3. Archives littéraires suisses (ALS), Berne — correspondance de William Ritter relative à la réception du cycle fribourgeois.
  4. Żeleński Adam, « Rewelacja fryburska », tapuscrit, 1946 (archives familiales des Żeleński, Cracovie).

6.5 · Bases de données et outils bibliographiques

  1. Vitrosearch — plateforme suisse du patrimoine du vitrail (vitrosearch.ch).
  2. Corpus Vitrearum Polska (cvp.ihs.uj.edu.pl) — bibliographie polonaise du vitrail.
  3. Corpus Vitrearum Medii Aevi (corpusvitrearum.org), sekcja szwajcarska.

6.6 · Sources spécifiques à ce vitrail

  1. Adamowicz Tadeusz, « Konkurs fryburski 1895 i pierwszy projekt Mehoffera », dans : Witraże fryburskie Józefa Mehoffera, Wrocław 1982, p. 47–98.
  2. Catalogue du Concours pour les vitraux de la collégiale de Saint-Nicolas, Fribourg 1895 (Imprimerie Fragnière).

Fiche d’objet FWNDK-WIT-FRI-001 · réalisation : Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national, recherche documentaire juin 2026 (von Roda, Sauterel, Adamowicz, catalogues du MNK et du Musée d’Orsay). Texte de la fiche : licence CC BY-SA 4.0. Les entrées marquées « [à vérifier aux sources] » dans la fiche demeurent en cours de vérification.

Histoire de l'objet
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Mehoffer, J. (1896). Les Apôtres [Stained glass, ok. 960 × 190 cm]. Cathédrale Saint-Nicolas, Fribourg. Numérisation : Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national. https://mehoffer.org/obj/FRI-001/

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Fondation pour la virtualisation du patrimoine culturel national (FWNDK)

Patrimoine virtuel · Musée numérique d'art · depuis 2017

KRS 0000659313 · NIP 5993194206 · REGON 366372778 · OPP 1,5%

Projet financé par les fonds de la Chancellerie du Sénat de la République de Pologne dans le cadre de la protection de la diaspora et des Polonais de l’étranger. Convention n° 202.2025.BP.

© 2026 Piotr Białobrzycki · Numérisation FWNDK 2025 · Subvention dédiée du Sénat de la République de Pologne 150 000 zł · Licence CC-BY-NC 4.0